Rééducation cardio-respiratoire
Respirer mieux, désencombrer, retrouver l’endurance : techniques de kinésithérapie respiratoire et réentraînement à l’effort.
Comment respire-t-on ?
Ventilation
L’air passe par les voies aériennes jusqu’aux alvéoles, grâce au diaphragme et aux muscles respiratoires.
Échanges gazeux
L’oxygène passe dans le sang et le gaz carbonique est évacué au niveau des alvéoles.
Clairance du mucus
Les cils et le mucus piègent les poussières et les microbes, puis sont évacués par la toux.
Lien avec le cœur
Poumons et cœur travaillent ensemble : un effort respiratoire sollicite la circulation.
Obstructif, restrictif ou encombré ?
Syndrome obstructif
L’air a du mal à sortir : bronches rétrécies (asthme, BPCO, emphysème). Le VEMS est abaissé.
Syndrome restrictif
Les poumons se remplissent mal : volumes réduits (fibrose, cage thoracique rigide).
Encombrement bronchique
Excès de sécrétions : bronchite chronique, dilatation des bronches, mucoviscidose.
Les pathologies respiratoires en détail
BPCO
De quoi s’agit-il : Rétrécissement chronique des bronches, peu réversible, surtout lié au tabac. Regroupe la bronchite chronique et l’emphysème. La spirométrie montre un rapport VEMS/CVF inférieur à 0,70.
Signes : Toux et expectorations chroniques, essoufflement à l’effort, sifflements, exacerbations.
Rôle du kiné : Désencombrement (ELTGOL, AFE, PEP), ventilation dirigée, lèvres pincées, réentraînement à l’effort, éducation thérapeutique.
Emphysème
De quoi s’agit-il : Destruction des parois des alvéoles : le poumon perd son élasticité, l’air reste piégé et le thorax se distend (« en tonneau »). Les petites bronches s’affaissent à l’expiration.
Signes : Dyspnée croissante, expiration prolongée, lèvres pincées spontanées, thorax distendu, fatigue.
Rôle du kiné : Lèvres pincées, respiration diaphragmatique, économie d’énergie, réentraînement progressif, éviter les expirations forcées violentes.
Bronchite chronique
De quoi s’agit-il : Inflammation chronique des bronches avec hypersécrétion de mucus : toux productive plus de 3 mois par an pendant 2 ans consécutifs.
Signes : Toux grasse du matin, expectorations, gêne respiratoire, infections fréquentes.
Rôle du kiné : Techniques de désencombrement, hydratation, arrêt du tabac, activité physique.
Asthme
De quoi s’agit-il : Inflammation chronique des bronches avec hyperréactivité : les bronches se resserrent par crises, de façon réversible. L’asthme d’effort concerne aussi les sportifs.
Signes : Sifflements, toux, oppression thoracique, crises nocturnes ou à l’effort.
Rôle du kiné : Éducation, contrôle de la respiration, relaxation, réentraînement progressif. Pas de drainage pendant une crise.
Dilatation des bronches
De quoi s’agit-il : Bronches dilatées de façon permanente où les sécrétions stagnent et s’infectent.
Signes : Toux grasse quotidienne, expectorations abondantes, infections à répétition.
Rôle du kiné : Drainage autogène, ELTGOL, PEP, séances régulières.
Mucoviscidose
De quoi s’agit-il : Maladie génétique (gène CFTR) : le mucus est épais et obstrue les bronches. Atteinte aussi digestive.
Signes : Toux, infections pulmonaires, essoufflement, sécrétions épaisses.
Rôle du kiné : Désencombrement quotidien (DA, PEP, AFE), activité physique, suivi en centre spécialisé.
Atélectasie / collapsus pulmonaire
De quoi s’agit-il : Affaissement d’une zone du poumon, dont les alvéoles ne contiennent plus d’air : bouchon muqueux, compression ou immobilité. Fréquent après une opération.
Signes : Dyspnée, toux, baisse de la saturation, fièvre, ventilation diminuée sur une zone.
Rôle du kiné : EDIC, spirométrie incitative, positionnement, AFE, mobilisation précoce.
Pneumothorax
De quoi s’agit-il : Air entre le poumon et la paroi du thorax : le poumon se rétracte. C’est une urgence médicale.
Signes : Douleur thoracique brutale, essoufflement soudain.
Rôle du kiné : Aucune kinésithérapie en phase aiguë. Rééducation possible après prise en charge médicale.
Fibrose pulmonaire
De quoi s’agit-il : Cicatrisation progressive du tissu pulmonaire : les poumons deviennent rigides et leur volume diminue.
Signes : Toux sèche, essoufflement à l’effort, baisse d’oxygène.
Rôle du kiné : Réentraînement à l’effort adapté, ventilation, gestion de l’oxygène, éducation.
Pneumonie et pleurésie
De quoi s’agit-il : La pneumonie est une infection du poumon ; la pleurésie est un épanchement de liquide autour du poumon qui limite son expansion.
Signes : Fièvre, toux, douleur thoracique, essoufflement.
Rôle du kiné : Récupération de l’expansion thoracique après la phase aiguë, désencombrement si besoin.
Pathologies pariétales et neuromusculaires
De quoi s’agit-il : Scoliose, obésité, spondylarthrite, maladies neuromusculaires : la cage thoracique ou les muscles limitent la respiration.
Signes : Respiration superficielle, toux faible, fatigue respiratoire.
Rôle du kiné : Mobilité thoracique, renforcement des muscles respiratoires, aide à la toux.
Post-COVID et post-réanimation
De quoi s’agit-il : Essoufflement et fatigue persistants, parfois avec une faiblesse musculaire respiratoire.
Signes : Dyspnée à l’effort, fatigue, baisse de tolérance à l’effort.
Rôle du kiné : Reprise très progressive de l’effort, ventilation dirigée, renforcement musculaire.
Techniques de kinésithérapie respiratoire
ELTGOL
Principe : Expiration lente totale à glotte ouverte en décubitus latéral : le poumon à drainer est placé en bas, l’expiration part de la capacité résiduelle fonctionnelle jusqu’au volume résiduel, avec appui du kiné.
Indications : Encombrement des bronches moyennes et distales : BPCO, dilatation des bronches, mucoviscidose.
ELPr
Principe : Expiration lente prolongée : pressions manuelles thoraco-abdominales lentes, de la fin d’une expiration spontanée jusqu’au volume résiduel. Technique du nourrisson et du jeune enfant.
Indications : Encombrement bronchique du nourrisson, en kinésithérapie pédiatrique.
AFE
Principe : Augmentation du flux expiratoire, lente (AFL) ou rapide (AFR), guidée par les mains du kiné pour mobiliser les sécrétions vers la trachée.
Indications : Encombrement proximal (AFR) ou moyen (AFL), enfant et adulte.
Drainage autogène (DA)
Principe : Technique réalisée par le patient lui-même : respiration contrôlée à trois niveaux de volume pulmonaire pour décoller, rassembler puis évacuer les sécrétions.
Indications : Mucoviscidose, dilatation des bronches, BPCO encombrante.
EDIC
Principe : Exercice à débit inspiratoire contrôlé : inspiration lente et profonde, souvent en décubitus latéral, avec pause télé-inspiratoire pour ventiler une zone peu aérée.
Indications : Atélectasie, hypoventilation localisée, dépôt d’aérosol.
Toux dirigée et toux provoquée
Principe : Toux contrôlée ou « huffing » pour évacuer les sécrétions arrivées dans les grosses bronches.
Indications : Dernier temps du désencombrement, patient actif.
PEP, Flutter, Acapella
Principe : Dispositifs qui créent une pression expiratoire positive, avec ou sans oscillations : les bronches restent ouvertes et le mucus se fluidifie.
Indications : BPCO, dilatation des bronches, mucoviscidose, asthme chronique.
Lèvres pincées et respiration diaphragmatique
Principe : Expiration freinée par les lèvres et respiration abdominale pour ralentir le rythme et limiter l’affaissement des bronches.
Indications : Dyspnée de la BPCO et de l’emphysème, gestion de l’effort.
Spirométrie incitative et ventilation dirigée
Principe : Un incitateur visuel guide des inspirations lentes et profondes pour réexpandre le poumon.
Indications : Prévention des atélectasies après chirurgie, immobilisation, post-COVID.
Aide instrumentale à la toux
Principe : Insufflateur-exsufflateur (type Cough Assist) qui simule une toux efficace quand les muscles sont faibles.
Indications : Maladies neuromusculaires, toux inefficace.
Réentraînement à l’effort
Principe : Programme progressif d’endurance et de renforcement musculaire, avec surveillance de l’essoufflement et de la saturation en oxygène.
Indications : BPCO, post-COVID, fibrose, reprise du sport, maladies cardiaques stables.
Éducation thérapeutique
Principe : Comprendre sa maladie, ses traitements et ses signes d’alerte, et savoir adapter son activité.
Indications : Toutes les pathologies chroniques.
Les appareils de rééducation respiratoire
Ces dispositifs complètent le travail manuel du kinésithérapeute : ils aident à désencombrer, à ventiler et à entraîner les muscles respiratoires. Le choix et le réglage se font après un bilan.
Acapella
Principe : Une valve et un levier créent des oscillations pendant l’expiration : le mucus se fluidifie et se décolle. La résistance se règle avec une molette.
Indications : Bronchite chronique, dilatation des bronches, mucoviscidose, BPCO.
Flutter
Principe : Une bille dans un cône vibre pendant l’expiration. L’inclinaison de l’appareil modifie la fréquence des oscillations.
Indications : Encombrement bronchique chronique.
Masque PEP / Bubble PEP
Principe : L’expiration contre une résistance maintient les bronches ouvertes. Le Bubble PEP utilise l’eau d’un flacon comme résistance.
Indications : BPCO, asthme, encombrement, atélectasie.
Voldyne
Principe : Le patient inspire lentement pour faire monter un piston jusqu’à un volume cible, puis garde l’air 3 à 5 secondes. Le retour visuel motive et mesure les progrès.
Indications : Post-opératoire, prévention des atélectasies, immobilisation, post-COVID.
Triflo
Principe : Trois billes à soulever par une inspiration lente et profonde : un repère simple pour contrôler le débit inspiratoire.
Indications : Post-opératoire, reprise de la ventilation profonde.
Threshold IMT / POWERbreathe
Principe : Une valve à ressort impose une charge à l’inspiration. La résistance est réglée selon la pression inspiratoire maximale.
Indications : BPCO, post-COVID, déconditionnement respiratoire, sportifs.
Insufflateur-exsufflateur (Cough Assist)
Principe : Une pression positive gonfle les poumons, puis une aspiration brusque simule une toux efficace.
Indications : Maladies neuromusculaires, toux inefficace.
Chambre d’inhalation
Principe : Elle améliore le dépôt du médicament dans les bronches avec les aérosols doseurs.
Indications : Asthme, BPCO.
Les techniques en un coup d’œil
| Technique | Mode | Niveau d’action | Pathologies |
|---|---|---|---|
| ELTGOL | Actif / assisté | Bronches moyennes et distales | BPCO, DDB, mucoviscidose |
| ELPr | Passif | Bronches distales | Nourrisson, encombrement |
| AFE lent / rapide | Actif / assisté | Moyennes / proximales | Tous encombrements |
| Drainage autogène | Actif | Distales à proximales | Mucoviscidose, DDB, BPCO |
| EDIC | Actif | Ventilation régionale | Atélectasie, hypoventilation |
| Toux dirigée | Actif | Trachée, bronches souches | Dernier temps du drainage |
| PEP / Flutter | Instrumental | Toutes les voies aériennes | BPCO, DDB, asthme |
| Spirométrie incitative | Instrumental | Ventilation globale | Post-opératoire |
| Cough Assist | Instrumental | Toux assistée | Neuromusculaire |
Le drainage autogène, pas à pas
Réalisé en position assise, avec une respiration calme par le nez à l’inspiration, une pause en fin d’inspiration et une expiration à glotte ouverte.
Respiration à bas volume pulmonaire, expirations lentes pour décoller le mucus des petites bronches.
Respiration à volume courant moyen pour pousser le mucus vers les bronches moyennes.
Respiration à haut volume, puis expirations plus amples et toux douce pour expectorer.
Une séance de rééducation
Spirométrie, saturation, dyspnée (échelle de Borg), test de marche.
Contrôle de la respiration, relâchement, posture.
Technique choisie selon la pathologie.
Vélo, marche, renforcement : intensité progressive.
Conseils, auto-drainage, signes d’alerte.
Le cœur aussi
Après un infarctus ou une chirurgie cardiaque
Reprise progressive de l’activité, sous avis du cardiologue.
Insuffisance cardiaque stable
Réentraînement adapté, surveillance de la tension, du pouls et de l’essoufflement.
Prévention
Hypertension, fatigue à l’effort, reprise du sport après une pathologie cardiaque.
Quand être prudent ?
Pneumothorax non drainé
Aucune kinésithérapie respiratoire en phase aiguë.
Hémoptysie abondante
Crachats de sang importants : avis médical urgent.
Décompensation cardiaque
Œdème pulmonaire, essoufflement au repos : urgence.
Fièvre ou infection aiguë
Technique adaptée à la phase de la maladie, avec avis médical.
Questions fréquentes
Faut-il une prescription ?
Pour une prise en charge remboursée, une prescription médicale est en général nécessaire. Elle précise la pathologie et le nombre de séances.
Combien de séances ?
Cela dépend de la pathologie : quelques séances pour un encombrement aigu, un programme de plusieurs semaines pour le réentraînement.
Peut-on apprendre le drainage autogène ?
Oui, c’est même son objectif : vous apprendre à vous désencombrer seul, au quotidien.
La rééducation respiratoire est-elle douloureuse ?
Non, les techniques sont adaptées à votre respiration. Une fatigue après l’effort est possible.
