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Cas clinique 11

Radiculopathie lombaire :
hernie et diagnostic différentiel

Sciatique L5 : de la hernie à la discarthrose, au bec de perroquet, au spondylolisthésis et aux images piégeuses.

Patient fictif : Nadia, 52 ans, enseignante. Lombalgie puis douleur fessière gauche, descendant à la face latérale de la cuisse et de la jambe jusqu’au dos du pied et au gros orteil depuis 6 semaines. Aggravée par la toux et la position assise. Un peu de faiblesse pour relever le pied. Pas de trouble urinaire. IRM : hernie discale postéro-latérale gauche L4-L5 au contact de la racine L5, et hémangiome vertébral L2 découvert par hasard.
État de l’art

Ce qu’il faut savoir sur la hernie

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Hernie discale

Migration du noyau pulpeux à travers l’anneau fibreux. Selon la forme : protrusion (base large), extrusion (col étroit) ou séquestre (fragment libre).

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Résorption

Une hernie peut régresser spontanément : environ 96 % pour le séquestre, 70 % pour l’extrusion, 41 % pour la protrusion (revue de Chiu, 2015).

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Pronostic

La sciatique s’améliore le plus souvent en quelques semaines. La chirurgie précoce soulage plus vite, sans différence à un an (essai de Peul, 2007).

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Imagerie

Hernies et dégénérescence discale sont fréquentes chez des personnes sans douleur : l’image ne suffit pas à expliquer la douleur.

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Signes d’alerte

Troubles urinaires ou anesthésie en selle, déficit moteur qui s’aggrave, fièvre, antécédent de cancer : avis médical urgent.

NormalDégénérescenceProtrusionHernieDiscarthroseCoupe latérale · canal à droite
Du disque sain à la discarthroseCinq stades en coupe latérale.
Moelle, cône médullaireRacines de la queue-de-chevalHernie L4-L5 vers le canalDisques sains : signalélevé (hydratés)L4-L5 : disque dégénéré,peu hydratéIRM sagittale T2 (schéma)
IRM sagittaleHernie L4-L5 et disque dégénéré.
Protrusionbase largeExtrusioncol étroitSéquestrefragment libreCoupe axiale du disque
Types de herniesProtrusion, extrusion, séquestre.
Bilan neurologique

Quelle racine ?

RacineDouleur et sensibilitéDéficit moteurRéflexe
L3Face antérieure de la cuisseQuadriceps (extension du genou)Rotulien (variable)
L4Face antéro-interne de la jambe, cheville médialeTibial antérieur (relever le pied)Rotulien diminué
L5 (cette patiente)Face latérale de la cuisse et de la jambe, dos du pied, gros orteilExtenseur de l’hallux, moyen fessier, marche sur les talonsNormal
S1Fesse, face postérieure, bord latéral du pied, planteTriceps sural (montée sur pointe)Achilléen diminué
L2L3L4L5L5S1L5 : face latéralejambe et dos du piedL4 : faceinterne jambeS1 : bord latéralet planteDermatomes du membre inférieur (schéma)
Dermatomes lombo-sacrésTerritoires sensitifs de L2 à S1 (schéma simplifié).
Tests orthopédiques

Examen de cette patiente

TestRésultatInterprétation
Lasègue gauchePositif à 40°Irritation radiculaire L5-S1
Lasègue croiséNégatifPas de grosse hernie médiane
SlumpPositifMécanosensibilité neurale
BragardPositifMajore le Lasègue
ValsalvaPositif (toux)Pression intrathécale augmentée
Test de Kemp (extension-rotation)Positif à gaucheRétrécissement foraminal ou facettaire
Marche sur les talonsPositif (talon gauche faible)Déficit L4-L5
Marche sur les pointesNégatifS1 préservée
Extenseur de l’hallux (force)4/5 à gaucheDéficit moteur léger L5
Léri (fémoral)NégatifPas d’atteinte L2-L4
Diagnostic différentiel

Tout ce qui peut ressembler à une radiculopathie

EntitéÉléments évocateursExamen
Hernie discale (conflit disco-radiculaire)Douleur radiculaire, Lasègue positif, toux et position assiseClinique, IRM
Protrusion discale sans conflitLombalgie, pas de signe radiculaireClinique, IRM
DiscarthrosePincement, ostéophytes, douleur mécanique, raideur matinale brèveRadiographie
Ostéophytes (« bec de perroquet »)Souvent asymptomatiques, parfois rétrécissement du foramenRadiographie, scanner
Arthrose facettaireDouleur à l’extension, irradiation fessière sans signe neurologiqueTest de Kemp, imagerie
Canal lombaire étroitClaudication neurogène : douleur à la marche, soulagée en flexionClinique, IRM
Spondylolisthésis et spondylolyseLombalgie, marche en « raccourcissement », marche des ischio, jeunes sportifs ou arthrosiquesRadiographie, scanner
Uncarthrose (cervical)Névralgie cervico-brachiale, bec osseux des processus unciformesSpurling, radiographie, IRM
Syndrome du piriformeDouleur fessière profonde, pas de signe radiculaireTests du piriforme, FAIR
Origine sacro-iliaque ou de hancheDouleur localisée, tests positifsCluster de Laslett, FADIR
Neuropathie du nerf fibulairePied tombant, hypoesthésie latérale de la jambe, tête du péronéTinel, EMG
Hémangiome vertébralDécouverte fortuite, le plus souvent asymptomatiqueIRM, scanner
Fracture, infection, tumeurDouleur nocturne, fièvre, antécédent de cancer, traumatismeAvis médical urgent
Syndrome de la queue-de-chevalTroubles urinaires, anesthésie en selleUrgence chirurgicale
Hernies discales

Les hernies selon leur localisation

Le trajet de la racine explique quelle racine est comprimée : la hernie postéro-latérale touche la racine descendante (niveau inférieur), la hernie foraminale la racine qui sort au niveau du disque.

CentralePostéro-latéraleForaminaleExtra-foraminaleLocalisation de la hernie (coupe axiale)
Quatre localisationsCentrale, postéro-latérale, foraminale, extra-foraminale.
LocalisationRacine atteinte (exemple L4-L5)Symptômes typiques
Centrale (médiane)Canal, queue-de-chevalLombalgie, douleurs des deux jambes, risque de troubles urinaires : urgence
Postéro-latérale (paramédiane)Racine descendante : L5Sciatique typique, Lasègue positif, aggravée par la flexion et la toux
ForaminaleRacine sortante : L4Cruralgie L4, douleur à l’extension et à l’inclinaison, Kemp positif, Lasègue souvent négatif
Extra-foraminale (latérale)Racine sortante : L4Douleur radiculaire sans lombalgie marquée, Léri positif, signes de tension discrets
Vocabulaire

Bombement, protrusion, extrusion, séquestre

TermeDéfinition (nomenclature de Fardon, 2014)Intérêt clinique
Bombement (bulging)Disque débordant sur plus de 25 % de la circonférence, de façon symétriqueTrès fréquent à l’âge adulte, souvent asymptomatique
ProtrusionMoins de 25 % de la circonférence ; la base est plus large que le sommetPeu de conflit radiculaire ; régression spontanée possible
ExtrusionLe sommet est plus large que la base, ou le matériel migreConflit radiculaire plus fréquent ; bonne résorption
SéquestreFragment sans continuité avec le disqueMigration possible ; la résorption est la plus fréquente
Hernie calcifiée ou ossifiéeAncienne, rigideMoins de résorption : discuter l’avis spécialisé
Sténose

Le canal lombaire étroit

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Sténose centrale

Rétrécissement du canal : claudication neurogène, douleurs des deux jambes à la marche.

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Récessus latéral

Rétrécissement sous la facette : atteinte de la racine descendante, sciatique unilatérale.

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Sténose foraminale

Rétrécissement du foramen : racine sortante, douleur à l’extension.

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Causes

Disque bombant, hypertrophie des facettes, épaississement du ligament jaune, spondylolisthésis, canal étroit congénital.

Sténose centraleRécessus latéralSténose foraminaleTypes de sténose lombaire (coupe axiale)
Types de sténoseCentrale, récessus latéral, foraminale.
CritèreClaudication neurogène (sténose)Claudication vasculaire
DébutÀ la marche ou en position debout prolongéeÀ la marche, distance fixe
SoulagementAssis ou penché en avant (« signe du caddie »)À l’arrêt, debout suffit
VéloToléré (position fléchie)Douleur comme à la marche
Pouls et peauNormauxPouls diminués, peau froide ou pâle
LocalisationBilatérale, cuisses et jambes, paresthésiesMollets, crampe
ExamenExtension lombaire reproduit les symptômesIndex tibio-brachial abaissé

Un diamètre antéro-postérieur du canal inférieur à 10 mm évoque une sténose absolue ; entre 10 et 12 mm, relative (valeurs indicatives).

Spondylolisthésis

Glissement vertébral : types et signes

Type (Wiltse)MécanismeNiveau et profil
DysplasiqueAnomalie congénitale de l’arc postérieurL5-S1, enfant ou adolescent
IsthmiqueLyse de l’isthme (spondylolyse), souvent sportifsL5-S1, jeunes puis adultes
DégénératifArthrose facettaire et discaleL4-L5, femme de plus de 50 ans
TraumatiqueFracture de l’arcRare
PathologiqueAtteinte osseuse (tumeur, maladie osseuse)Rare
Grade I< 25 %Grade II25–50 %Grade III50–75 %Grade IV75–100 %Grade V> 100 %Classification de Meyerding (glissement du corps vertébral)
Grades de MeyerdingDu grade I (moins de 25 %) au grade V (spondyloptose).
SigneDescription
Marche d’escalier (step sign)Dénivelé palpable sur les épineuses
Ischio-jambiers raidesMarche en flexion de genou, bassin court
Extension douloureuseDouleur à l’extension, en hyperextension unipodale (Stork test) dans la spondylolyse
Prone instability testInstabilité segmentaire possible
Radiculopathie L5Isthmique : traction ou tissu fibreux au niveau du foramen
ClaudicationDégénératif : sténose associée

Imagerie : radiographie de profil debout et dynamique (flexion-extension), scanner pour la lyse, IRM pour les structures nerveuses.

Comparer les symptômes

Comment les distinguer ?

PathologieDouleur et symptômesAggravationSoulagementSignes neuroTests clés
Hernie postéro-latéraleLombalgie puis sciatique tronquée ou complèteFlexion, assis, touxRepos, marche, extension parfoisDéficit moteur et sensitif possiblesLasègue, slump, Valsalva
Hernie foraminaleCruralgie ou douleur de la face antérieureExtension, inclinaisonFlexionRacine sortanteKemp, Léri
Sténose centraleDouleur et lourdeur des deux jambesMarche, station debout, extensionAssis, flexionRéflexes parfois diminuésTest de la marche, extension
Sténose du récessus ou foraminaleRadiculalgie unilatéraleExtension, marcheFlexionRacine concernéeKemp, slump
Spondylolisthésis isthmiqueLombalgie, ischios raides, irradiation fessièreExtension, sportFlexion, reposL5 possibleStork, step sign
Spondylolisthésis dégénératifLombalgie et claudicationDebout, marcheAssisSténose associéeProne instability, radiographie dynamique
Arthrose facettaireDouleur lombaire et fessière, parfois cuisseExtension, rotationFlexionAucunKemp, palpation des facettes
DiscarthroseRaideur et douleur mécaniquePosition prolongéeMouvementAucunRadiographie
Syndrome du piriformeDouleur fessière profondeAssis, hanche en rotation interneMarcheAucunFAIR, palpation
Autres causes : kyste synovial facettaire, syndrome de Baastrup (contact entre épineuses), vertèbre transitionnelle (Bertolotti), tumeur, infection, fracture ostéoporotique : à évoquer si les signes sont atypiques ou nocturnes.
Les images piégeuses

Que montrent ces schémas ?

Beaucoup d’images paraissent inquiétantes mais ne sont pas la cause de la douleur. La clinique reste décisive.

Ostéophyte« bec de perroquet »Pincement du disqueCondensation des plateauxDiscarthrose (vue latérale)
Discarthrose et bec de perroquetLes ostéophytes sont fréquents avec l’âge.
Uncarthrose cervicale : becs osseux des processus unciformesRacine compriméeForamen rétréciVue de face
UncarthroseAu niveau cervical, rétrécissement du foramen.
GlissementLyse isthmiqueMeyerding : I (<25 %), II, III, IV, V (> 100 %)Spondylolisthésis L5-S1 (vue latérale)
SpondylolisthésisGlissement d’une vertèbre sur l’autre, avec ou sans lyse isthmique.
Canal normalCanal lombaire étroitfacettes et ligament jaune épaissis
Canal lombaire étroitFacettes et ligament jaune épaissis.
Trame verticale épaissieIRM : nodule hyperintense« rayon de miel » à l’axialHémangiome (angiome) vertébral
Hémangiome vertébralVertèbre à trame verticale épaissie : bénin, le plus souvent asymptomatique.
Modic 1œdème, inflammatoireModic 2remplacement graisseuxModic 3sclérose
ModicTrois types de modifications des plateaux vertébraux.
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Hémangiome vertébral

C’est la lésion bénigne de la vertèbre dont la densité est modifiée, souvent découverte par hasard. Le plus souvent sans symptôme ni traitement.

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Bec de perroquet

Nom courant d’un ostéophyte du bord vertébral, signe d’arthrose.

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Spondylolyse

Fissure de l’isthme vertébral, fréquente chez les jeunes sportifs. Elle peut évoluer vers un spondylolisthésis.

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Modic

Type 1 : œdème ; type 2 : graisse ; type 3 : sclérose. Utile en imagerie, mais sans corrélation univoque avec la douleur.

Diagnostic

Diagnostic kinésithérapique

Radiculopathie L5 gauche liée à une hernie discale L4-L5, avec déficit moteur léger, sans signe d’alerte. L’hémangiome L2 est une découverte fortuite sans lien avec les symptômes.

Traitement

Un plan en quatre temps

1 · Rassurer et calmer

Éducation sur la bonne évolution habituelle, positions de repos, adaptation de la station assise, antalgiques selon le médecin.

2 · Mobiliser

Exercices à direction préférentielle, mobilisation neurale douce, marche.

3 · Renforcer

Gainage, fessiers, extenseurs de l’hallux, charnière de hanche.

4 · Reprendre

Activité professionnelle et sportive progressive, ergonomie du poste.

ExerciceDosage indicatifObjectif
Marche20 à 30 min par jourActivité, désensibilisation
Extensions en procubitus3 × 10Préférence directionnelle
Mobilisation neurale (slider)2 × 10Mécanosensibilité
Relevé de pointe de pied et talons3 × 12Force L5
Gainage, bird-dog3 × 30 sContrôle lombaire
Charnière de hanche3 × 10Mouvement sans douleur
Avis spécialisé : déficit moteur sévère ou progressif, douleur invalidante après 6 à 12 semaines de traitement bien conduit, ou signe de queue-de-cheval. Infiltrations et chirurgie se discutent avec le médecin.
Références

Pour aller plus loin

Références citées de mémoire : vérifiez-les avant toute publication.

Cas fictif : ce patient est inventé à but pédagogique. Les valeurs sont illustratives et ne remplacent ni un bilan réel ni un avis médical.

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